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Revue de Presse

Lorenzaccio ou le Péché des Princes

 

FROGGY DELIGHT

février 2015      lien original

Drame d'après l'oeuvre éponyme de Alfred de Musset, mise en scène de Eve Laudenback, avec Thierry Charpiot, Johanna Leira, Nicolas Malrone et Pierre Pirol.

Il est pratiquement impossible de monter et dans une petite salle qui plus est, la pièce d'Alfred de Musset : trop longue, trop de personnages. Et bien pourtant, c'est le challenge qu'a relevé Eve Laudenback et avec seulement...4 comédiens !

Et autant dire qu'elle a largement réussi. Alors bien-sûr, elle a dû procéder à de sérieuses coupes mais l'adaptation très resserrée qu'elle en a faite est particulièrement soignée et efficace, conserve les idées principales et surtout, ne perd jamais le spectateur en route.

On ne s'ennuie pas une minute dans cette version dense aussi splendide visuellement qu'à l'oreille où les voix et la musique donnent une très belle mise en relief de la tragédie d'Alfred de Musset. C'est une très belle surprise que nous a réservé la Compagnie En Plein Choeur avec ce spectacle étonnant : "Lorenzaccio ou le péché des Princes" mené par des comédiens formidables.

On admire l'art de Johanna Leira de passer d'un personnage à l'autre avec maestria et de faire montre d'un beau jeu corporel ou la faculté d'un Thierry Charpiot de composer un Philippe Strozzi tout en complexité.

Pierre Pirol est quant à lui fabuleux en Alexandre de Médicis. Certes, il tranche avec les interprètes habituels du rôle mais il apporte toute son étrangeté et sa grande variété de jeu. Un régal. Enfin, Nicolas Malrone est impérial dans le rôle de Lorenzo de Médicis à qui il prête son allure romantique et met en valeur avec une diction exemplaire le texte de Musset.

La metteuse en scène, pour pallier au manque de comédiens, utilise de nombreuses astuces : les masques, les marionnettes et même des voix off. Le décor sobre et les costumes de Lou Delville et Pétronille Salomé sont magnifiques. Toute la troupe travaille à nous offrir près de deux heures de théâtre généreux et noble dôté d'une belle exigence comme on aimerait en voir plus souvent.

Ce "Lorenzaccio" bouillonnant est à ne pas manquer pour découvrir ou redécouvrir un des plus grands textes du répertoire qui paraît, plus que jamais, terriblement pertinent et actuel.

 

Nicolas Arnstam

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

THEATROTEQUE

mars 2015        lien original

 

C’est un Lorenzaccio audacieux et subtil que nous propose Eve Laudenback à la Comédie Nation. 1537 à Florence.

 

Lorenzo devient le compagnon de débauche d’Alexandre de Médicis, un duc indomptable, capable de la pire barbarie. Son but est clair : tuer le tyran et échafauder une République avec le noble Philippe Strozzi. Mais les mots ne sont pas les actes et la paresse, la peur, la folie des grandeurs, la lâcheté empêchent les deux hommes de parvenir à leurs fins.

Lorenzaccio de Musset est ainsi le constat d’une passivité politique et idéologique, comme si les désirs de changement, de renouveau se retrouvaient pris au piège d’une inertie humaine, trop humaine. L’actualité de ce texte est bien sûr brûlante. Lorenzaccio pointe la mascarade sociale, l’instrumentalisation du pouvoir, les impasses de l’égo. Musset excelle dans cet art de démasquer. Eve Laudenback porte cet art et emmène le spectateur dans ce carnaval florentin avec habileté.

Nicolas Malrone dans le rôle de Lorenzaccio, est convaincant et Thierry Charpiot dans les habits de Strozzi, donne toute sa force au texte. Mention spéciale pour Johanna Leira, particulièrement brillante dans une pléiade de rôles, entre masque, mime et marionnettes. Une réussite.

 

Joseph Agostini

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L'ALBATROS

Mars 2015      lien original

Une invitation à aller voir Lorenzaccio ou le péché des princes m'attendait dans ma messagerie. Le destin a ses tours. Le matin même, j'évoquais Musset et les enfants du siècle dont je m'étais senti si proche à l'adolescence. Mais avec le temps, les mots s'effacent comme la mémoire. On garde la sensation, une nostalgie inarticulée, bien enfouie en nous, au milieu du fatras de nos influences et de tout ce qu'on traverse. Le printemps retrouvait sa douceur. J'avais invité une amie proche à me rejoindre. Avec toute l'appréhension qu'on a avant un spectacle. Comme un gouffre d'inconnu et de confiance auquel il faut s'abandonner. Je n'avais que ce message et ne savais pas vraiment à quoi m'attendre.
 

 

A l'entrée, je vois la metteuse en scène, Eve Laudenback. Elle me parlera après le spectacle, autour de la table d'un bistrot, avec cette flamme des passionnés, de cette oeuvre qui l'a accompagnée depuis le lycée et qui fait partie intégrante de sa sensibilité, qui l'a même fondée. On sent l'implication, devant un texte difficile à adapter, contradictoire parfois, un mélange des genres délicat à tenir et à donner à voir. Entre satyre, intrigue politique, désarroi aussi d'une jeunesse et d'un monde dépouillé de ses idéaux. Elle voulait en faire sa première mise en scène. Pour l'heure, on m'indique le premier rang dans cette petite salle. Juste sous le nez des comédiens. On se sent exposés, presque responsabilisés. A chaque fois, j'ai le trac. C'est empathique, je suppose. Mon amie me murmure des légèretés pour me détendre. Merci à elle.Je n'avais pas relu la pièce avant de venir. Sans doute l'avais-je parcouru dans un lointain passé, quand on l'enfonce par obligation dans les têtes blondes en espérant que le germe prenne. On entend souvent des idioties. Comme quoi l'oeuvre serait moderne. On nous vend les classiques de cette façon grotesque. Mais en voyant les mots s'incarner dans la voix des acteurs, je me suis dit que c'était précisément le contraire de la modernité. C'est l'éternité, celle de la belle langue. De ce français que l'on parle tous comme par réflexe, avec une sorte d'évidence, une sorte d'insensibilité même, qui retrouve ici ses lettres de noblesse. Des hauteurs qu'on a finalement peu l'occasion de côtoyer dans la médiocrité des instantanés et des informations dont on est cernés de toutes parts. Le refuge est dans les livres. Probablement au théâtre aussi. C'est beau d'avoir l'occasion de se le dire. De le ressentir en vrai, devant un spectacle vivant.

 

L'installation est minimaliste d'abord, déroutante. Quatre comédiens pour incarner la pièce. Et l'imagination, on le sent, une forme de fougue un brin foutraque et touchante, palliera au manque de moyens. Après tout, l'action se déroule à Florence au temps des Medicis. On imaginerait facilement une superproduction. Les intrigues s'y prêtent. Les meurtres, les complots. Une certaine idée aussi de la débauche, propre à Musset, viveur mélancolique s'il en est, à la fois désespéré et assoiffé d'existence, orphelin d'un Idéal qu'il ne peut plus atteindre, découvrant le grand spleen.Cependant, La mise en scène est surprenante. On utilise des marionnettes, une voix off vient ponctuer les actes, on entend parfois quelques notes de musique. Une comédienne, Johanna Leira  doit par exemple à elle seule assumer les rôles de toute une famille, tous les fils de Philippe Strozzi. Un petit tour de force.

 

 

 

Une ambiance à là Gondry donc. qui fait qu'on s'accroche aux acteurs, qu'on se laisse embarquer par les mots, leur force évocatoire. Par les penchants lubriques d'Alexandre, personnage concupiscent et tyrannique, incarné avec un vice fantaisiste, presque comique d'abord. Pierre Pirol, qui l'interprète, le rend subtilement malsain, glauque et visqueux. C'est une lecture intéressante. On l'imagine souvent en grand séducteur, débauché et beau. Ici, on songe aux immoraux qui évoluent depuis l'empire romain dans les hautes sphères du pouvoir. Ce tyran ne pense qu'à son plaisir et à satisfaire ses sens. Quand la révolte et la détresse du peuple grondent, il y est parfaitement indifférent. Certaines choses ne changent jamais.Lorenzo va apparaitre d'abord comme l'ami drôle et apparemment aussi irresponsable que lui, le compagnon de débauche qui épousera sa décadence. Il est campé avec énergie et expressivité par Nicolas Malrone.  Le début est allègre. Presque une comédie. Et puis on est témoins de la désespérance de la famille du noceur. Il semble tout entier absorbé par son mode de vie dissolu. Enfin Philippe Strozzi apparait, voulant la république pour sa cité et l'assassinat de celui qui est sourd aux douleurs de ses sujets. Incarné par le très charismatique Thierry Charpiot, impressionnant de prestance dans le rôle de ce patriarche peu à peu brisé. Le vrai dessein de Lorenzo se fait jour : il va se joindre à cet idéal, sera ce "Brutus" même si sa réputation le déconsidère. Et qu'il ne pourra y récolter aucun laurier.

 

Imperceptiblement, on se laisse transporter dans cette Florence troublée du XVIème siècle. Comme dans une rêverie. Et les masques tombent, les impressions premières aussi. La misanthropie du héros désemparé finit par devenir universelle, dans des tirades toujours émouvantes, déchirantes même, au milieu d'une existence où l'on ne sait plus croire en rien. Où tout devient futile, où tout est menacé de ridicule et de disgrâce. Jusqu'à la gloire. Jusqu'à la vengeance. Tout est vain. Mais il y a dans cette vanité, dans ce constat désabusé quelque chose de lumineux : une vitalité têtue qui ne se rend pas. Même si rien n'a de sens, il faut vivre. Même trop, même mal. Parce que c'est tout ce qu'on a. Et ça, c'est finalement le coeur de la condition humaine, le coeur de tout ce qui nous anime.La personnalité puissante de l'auteur transparait à chaque réplique, par des éclats, par des images d'une beauté fulgurante, encore accentuée par le jeu des comédiens. Le texte vit dans cette mise en scène. Pleine de surprise, d'inventivité (notamment quand des têtes se glissent dans un tableau pour animer les silhouettes peintes, quand un homme d'église de dos devient un bouffon de face). Il y a un peu de tout, différentes ambiances, de la comedia dell'arte à la tragédie pure, à l'image de ce texte protéiforme, ici coupé pour des raisons de durée, sans qu'on en perde l'âme.

 

A la fin de la représentation, je ne savais trop qu'en penser. Je suis quelqu'un qui a besoin de laisser agir, à chaque sortie de théâtre. Ma comparse me dit, "on va en parler". Enfin, l'impression s'est dessinée.

Ce qui m'a retenu d'abord, c'est ce texte vibrant, vivant, aux images qui m'ont transporté. J'ai aimé aussi sentir que ce projet, Eve Laudenback le portait en elle depuis un moment, comme une part d'elle-même. Un peu à la manière dont jadis, j'avais l'impression en lisant Baudelaire de voir se dérouler mes pensées les plus intimes et les plus secrètes. J'avais retrouvé les tourments de ce XIXème siècle que j'ai aimé avec tant d'intensité, qui a tant fait partie de moi, de mes emportements.

Revenu chez moi, dans la quiétude de mon lit et à l'heure tardive, j'ai relu du Musset.

 

Nicolas Houguet

 

RADIO ALIGRE

mars 2015

ITV réalisée par

Michel Goti

et Lorédana Aquaviva